Colloques & Conferences de l'Universite Lyon 2, Modernism and Unreadability / Modernisme et Illisibilite

THE WAVES : L'ILLISIBLE COMME SCRIPTIBLE DU DESIR FEMININ

Genevieve Ducros

Temps: 2008-10-23  02:35  – 03:10
Dernière modification: 2008-07-07

Résumé


Ma reflexion portera sur The Waves de Virginia Woolf en tant qu'illustration de la resistance opposee par un texte moderniste a l'ecriture et a la lecture a des fins tant esthetiques que politico-generiques. Cette position analytique peut paraitre paradoxale car, comme l'ont souligne de nombreux critiques, le contexte socio-historique y est seulement esquisse, servant essentiellement a refleter l'etat d'esprit des personnages : ainsi The Waves serait une oeuvre de fiction purement experimentale, en reponse au souhait de l'auteur d'ecrire, apres la publication d' Orlando, >. Et si l'on replace l'oeuvre dans le contexte des productions litteraires contemporaines ?Ulysses, The Waste Land, mais aussi certains articles d' Ezra Pound et certains essais de T.S. Eliot? la dimension polemique, voire la conception propagandiste de l'art moderniste ne sont pas immediatement lisibles. C'est precisement cet ecart paradoxal que je me propose d'analyser.
Les polarites sur lesquelles repose et cherche a agir l'activite moderniste (langue hieratique/langue demotique; conservatisme de la litterature etablie/brouillage des codes litteraires; empire/imperialisme ; etc...) se fondent chez V.Woolf sur et par rapport a l'opposition generique entre hommes et femmes, opposition generee et exploitee par la societe patriarcale. Je me propose donc d'etudier en quoi, comment et a quelles fins cette structure polarisee specifiquement woolfienne informe l'inscription de la romanciere dans le mouvement moderniste et plus particulierement dans son rapport a l'indechiffrable et au scriptible.
Je montrerai comment le paratexte liminaire pose une lecture au feminin, le titre annoncant la structure circulaire et ondulatoire du roman, cycle biologique et cosmique, liquidite enveloppante et maternelle. Cette direction hermeneutique inaugurale est prologee par l'ouverture poetique du premier interlude, reecriture au feminin de la Genese. A cet egard, les interludes qui interrompent et qu'interrompent les soliloques constituent un second degre de la genese?allegorique, symbolique, metaphorique, quete poetique du Paradis Perdu. Paradis perdu du langage originel, fusionnel que l'approche de la mort fait rechercher a Bernard a la fin de The Waves. Ou encore celui d'un passe historico-litteraire investi d'unicite et d'immortalite, ere de la chevalerie ou encore drame elisabethain que jouent les personnages a travers les soliloques juxtaposes. Ces soliloques, dans une typographie mimetique de la structure organique de la vague, enflent peu a peu jusqu'a disloquer la communication chorale, engloutir les personnages, manger l'espace des interludes et mettre a l'epreuve la capacite du lecteur a deployer >, indispensable selon V.Woolf a la comprehension du texte poetique ou tout est opposition et incoherence.
Pour terminer, j'etudierai en quoi la vague reflete la question de la conscience et de l'identite individuelles et compose/convoque l'ecriture de l'unite. Car en la figure de la vague se resolvent toutes les tensions et contradictions du roman, qu'elles soient d'ordre formel, ideologique ou generique. Dans le contexte d'une societe androcentree, elle inscrit la trace du desir au feminin de facon impersonnelle, souvent hermetique, indelebile.